L'année des coquelicots - Gilbert Bordes

Publié le 3 Avril 2007

Urbain Viallet est cadre dans une grande entreprise. Il gagne très bien sa vie. Martine, sa femme est professeur de Français. Vincent, leur fils ainé est en math sup. Julien le cadet a plus de difficultés. L'école n'est pas son truc mais comment expliquer çà à un père qui pense que sans diplôme, on arrive à rien. Alors il cumule les bêtises.

Mais Urbain se fait licencier et tout bascule. Comment retrouver du travail une fois la cinquantaine approchante, que vous avez une position trop élevée et du coup trop chère pour un marché qui préfère les bas coûts, que nous n'avez toujours travaillé que dans une seule entreprise ce qui limite votre expérience. Au fur et à mesure, c'est la perte de confiance, perte de motivation et enfin la fuite. Comment une famille voit ses démons prendre le dessus lorsqu'un gros pépin survient.

Et quel exemple pour les enfants à qui on a rabaché que les études garantissaient un bon avenir!

J'ai pris le livre en pleine poire. Mes parents aussi considéraient que les diplômes et les grandes études étaient l'essentiel. Et maintenant qu'en est-il? Je suis dans une société de prestation, un peu l'intérim pour ingénieur. On est étalé en vitrine, on colle à une demande de clients, on travaille pour eux puis quand c'est fini, on va travailler pour un autre... Quand le travail manque, on nous demande de bouger (ah cette fameuse clause de mobilité !). Pour le moment, c'est bien, je suis jeune, je ne coute pas cher, je n'ai pas trop d'attache (en tout cas pas mariée, pas d'enfant). Mais qu'en est-il de mon avenir social avec mon compagnon si demain il faut que m'en aille pour une durée indéterminée? Mon entreprise a été des plus cools avec moi jusqu'ici et je l'en remercie mais je vois très bien ce qui se passe en période de crise et je suis consciente qu'alors çà ne sera pas de cadeau.

Là, en plus, nous sommes en période de grands débats politique et quand je vois des choses comme "travailler plus pour gagner plus", "travailler plus bénévolement", heu et la vie sociale là dedans? Mais ce qui me fout le plus la pétoche c'est le SMIC à 1500 euros net. C'est bien de le monter autant, pour ceux qui sont au SMIC. Mais moi qui en débutante avec mon bac+5 aie un salaire un tout petit peu plus élevé, il me sert à quoi mon diplôme à présent? 5ans où je n'ai pas cotisé, pendant lesquels mes parents ont payés des fortunes pour le prix de l'école, le studio... Si au moins il me protégeait du chômage mais non loin de là.

Enfin bref, ce livre est comme une claque pour moi et j'ai casiment l'impression de suivre le chemin d'Urbain et Martine. Je n'en suis pas au point à remettre en cause ma vie, je n'en suis pas là. J'en suis à remettre en cause tous les discours disant que sans diplôme on arrive moins bien. Je ne vois plus en quoi un diplôme amène plus de sécurité.

Un très bon livre de Gilbert Bordes sur un problème qui n'ira pas en s'arrangeant et qui peut toucher n'importe qui.

L'avis de Patch

Rédigé par majanissa

Publié dans #roman

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patch 05/04/2007 16:43

Oui, comme tu dis....excellent livre tout à fait d'actualité, et qui fait réfléchir sur la soi disante sécurité....
A ce propos je te conseille d'aller lire le billet de Christian Sauvage ici http://www.livreshebdo.fr/weblog/webLogText.aspx?id=15.....on est pas loin du sujet...

majanissa 06/04/2007 09:27

J'ai suivi le lien, çà me rappelle beaucoup de choses ce qu'il dit dans son article.
Je me rappelle que jusqu'en terminale, j'étais toujours bonne élève sans me fouler, mais cette année là j'avais été mise dans l'option bio que je ne voulais pas suivre, moi je voulais faire des maths... Du coup, en plus d'être paresseuse, je n'étais pas motivée du tout. Mes notes restaient correctes sans plus. En fin d'année, une de mes profs s'était permise de dire à son mari qu'elle pensait que jamais je n'aurais mon bac. Son mari travaillant au même endroit que mon père a répété à son collègue : " tu sais la fille de Machin, ma femme pense qu'elle s'en sortira pas au bac." Et ainsi de suite jusqu'à ce que çà arrive aux oreilles de mon père. Vous imaginez sa honte et déception? Et ce regard qu'il me lançait car j'étais la cause de ces murmures.
Et pendant un petit moment, voilà à quoi a servi mon diplôme. A dire à mes anciens professeurs : "tu vois BIPPP que j'y suis arrivée, tu vois?". Alors quand j'ai lu l'article, je me suis dit : "Décidément, certains profs, c'est tout en finesse..."

Anne 04/04/2007 18:36

Quand je vous lis ou vous écoutent, vous les plus jeunes que moi, je me dis que les problèmes de boulot ne se résolvent pas d'une génération à l'autre; ils ne font que différer. Le plus dûr pour vous est de pourvoir construire une vie de famille, quand géographiquement il faut être mobile et que le prix du logement devient si exubérant!
Peux-t-on espérer quelques changements post-élections???

majanissa 05/04/2007 09:07

C'est difficile car il faut pouvoir concurrencer les pays bas coûts, vive l'ouverture à la mondialisation :-). A quand un monde où les patrons arrêteront de courrir après les profits exhorbirtants? Je ne serai pas contre de voir mon salaire stagner si à côté le coût de la vie stagnait. Et le prix des logements, mais pourquoi sont-ils si élevés? Dans ma région, ce sont souvent les résidences secondaires qui font s'envoler les prix mais pour pouvoir se payer çà c'est que les gens sont riches alors. Il y a de l'argent quelque part et je me demande comme il fait pour arriver en masse chez certains :fou:

Flo 03/04/2007 15:12

Je comprends tes inquiètudes Maja mais il faut prendre la vie comme elle vient et surtout ne pas se faire d'illusions ! Je ne sais pas ce que l'on vous dit en école d'ingé mais lorsque j'étais en sup de co on nous rabâchait qu'on était la crème, les meilleurs, les plus beaux... et le jour où tu te prends une claque (ce qui m'est arrivé), tu ne comprends plus ! T u as l'impression que l'on s'est fichu de toi et la chute est rude. Alors, surtout, toujours garder les pieds sur terre mais ne pas se tracasser par avance. Aujourd'hui tout le monde est susceptible de se prendre les pieds dans le tapis mais il ne faut pas arrêter de dormir pour ça.
Moi aussi le SMIC à 1500 euros, ça me fait hurler. Il ne faut pas croire que les entreprises joueront aux enchères pour que ceux qui gagnaient plus gardent "leur avance". Effectivement on peut se demander à quoi sert un diplôme et pourtant, statistiquement parlant, on a plus de chance de trouver un job avec que sans ...
Pas sûre de lire le bouquin ;)

majanissa 04/04/2007 09:21

Oui comme pour toi, on nous disait aussi que si on était là c'est qu'on était dans les meilleurs (alors que notre école est loin d'être bien classée :-/). On avait même un prof qui nous disait : "il va falloir mériter votre salaire mirobolant". Légèrement dépassé le gars car le salaire n'a plus rien d'extraordinaire ;-). A ma remise des diplômes, le directeur nous voyait déjà chef d'entreprise. Il hallucine ou il est complètement dépassé. Je crois que c'est çà, ils sont totalement hors de la réalité au niveau des études sup'.
Pour moi, comme je ne venais pas de prépa mais d'un IUT je savais déjà que tous leurs discours étaient faux et j'étais d'ailleurs choquée d'entendre certaines choses et de voir ceux qui venaient de prépa se croire pour la crème de la société. La chute a été rude pour certains.
J'essaies de ne pas m'en faire et de laisser couler mais lorsque j'imagine un avenir ben c'est difficile de ne pas être démoralisé :-).
"On a plus de chance d'avoir un emploi avec un diplôme que sans", et encore pas n'importe lequel. Dans mon domaine par exemple, on peut aller à BAC + 5 et être ingé ou bien continuer en thèse et finir à BAC + 8. Et bien les bac + 8 ont un mal fou à trouver un travail car trop qualifié et bien sur trop cher. Pas facile les choix.

fanyoun 03/04/2007 14:26

En tant que maman de 3 enfants, je me pose effectivement certaines questions quant à l'éducation de mes enfants par rapport aux études : j'ai un garçon de 12 ans qui a d'excellents résultats sans se casser la tête, une fille de 9 ans dyslexique qui est très travailleuse et volontaire et qui a des résultats moyens et je ne parle pas encore du petit de 3 ans. Ils ne sont pas encore en âge (J'en suis ravie car ils en ont bien le temps) de penser à leur futur. Ton commentaire rejoint mon avis sur les diplômes et malheureusement beaucoup en subissent les conséquences de nos jours. Tu m'a donné envie de lire ce livre.

majanissa 03/04/2007 15:12

J'étais comme ton garçon. Je ne me foulais pas le baigneur et j'avais des bonnes notes mais maintenant il faut aller au delà et voir sa motivation. Personnellement, je n'étais absolument pas motivée pour les études. J'ai continué pour que mes parents soient fiers de moi et je n'y suis arrivée que parce qu'on me poussait. D'un autre côté, je me demande ce que j'aurais fais si je n'avais pas été poussée. Je ne regrette en rien mes études mais j'ai toujours des "et si..." qui trotte. Un jour j'arriverai peut être à me dire "Et si tout compte fait j'avais fait le meilleur choix?". On verra :-D
Pour ta deuxième, elle est courageuse çà fera beaucoup pour elle. Il faudra qu'elle persiste mais une fois qu'elle aura trouvé, je ne pense qu'il y ait à se faire du soucis.

pom' 03/04/2007 13:26

il me fut offert à un noël et j'ai adoré, par la suite j'ai lu tout ses livres, je l'ai rencontré plusieurs fois à une foire aux livres, il est super sympa, ce qui ne gache rien.

majanissa 03/04/2007 15:08

Ce n'est que mon deuxième livre de Gilbert Bordes mais j'aime son côté réaliste sans le côté "voyeur" de d'autres parlant de problèmes de société mais que je trouve trop personnels.